Ecrit par mymp le 03/02/2010 - 08h12 - Catégorie : Films

Elle marche dans un champ de blé, trace un chemin qu'elle paraît craindre, puis s’arrête et danse magnifiquement, face à nous, sur une musique superbe, sorte de valse-tango enivrante, envoûtante (et c’est sans doute là l’une des plus belles séquences d’ouverture de ces dernières années, visible directement ici). Elle contemple l’horizon devant elle, et son regard est étrange et perdu et admirable à la fois, et sa danse n'en est pas une, elle est plutôt une invocation, une rythmique tribale et clandestine, mais pour quelle divinité, pour quels astres ou quelles prières ?Plus tard, la vérité fera "comprendre" l’expression de ce mouvement (dansait-elle avant ou après les terribles événements ?) et à la fin (la dernière scène est tout aussi sublime que la première, émouvante et fascinante), elle dansera encore dans le soleil d’un crépuscule étincelant avec d'autres femmes, d'autres mères et icônes, libérée, après un point d’acupuncture précis dans la cuisse (tel un reset, un reboot accompli dont elle révéla auparavant le secret à ce chiffonnier déjà croisé), de souvenirs trop violents et d’une tristesse qui entravait son cœur.À l’égal de Memories of murder et The host, Bong Joon-ho alterne une fois encore, avec aisance et virtuosité, les genres, les ambiances et les tensions avancées. Comme un double concret, fondé, de Memories of murder, Mother parle lui aussi de jeunes filles assassinées (ici il n’y en a qu’une) dans une ville/village de Corée. Si Memories of murder se situait du côté des enquêteurs, Mother offre une vision plus intime et plus "féminine" d’un drame qui va fragiliser, bouleverser le quotidien d’une mère et de son fils déficient mental, accusé du meurtre d’une lycéenne.S’opposant à la paresse des institutions et à la vénalité d’avocats débauchés, cette mère (dont on ne saura jamais le nom) fera TOUT pour l’innocenter, préserver son honneur et le libérer de prison. Ses recours sont donc forcément hors-la-loi, désaxés (socialement et psychologiquement) ; ils se nichent, se construisent dans les aléas de l’inconscient et de la mémoire qu’il faut pouvoir invoquer ou dissimuler, dans les mystères et les rapports de l'amour filial aussi (presque incestueux) qui la poussent, inexorablement, à appréhender les faits, les assembler, les recomposer et/ou les nier.L'identité de l'assassin, la résolution (volontairement floue et ouverte à d’autres pistes) de l'intrigue importent peu. Dans ses dernières secondes il y a autre chose, il reste autre chose de Mother. Une puissance sourde. Une danse fébrile dans un bus. Une détermination jusqu'à la folie, à feu et à sang, littéralement. Si, à la moitié du film, le rythme patine un peu, s'enlise et perd parfois de notre attention, Mother finit par subjuguer grâce à sa singularité et la beauté de ses cadres (entre autres un travelling, très tarkovskien, qui rappelle Le sacrifice quand elle marche, s’enfuit dans les bois et la nature avec une maison qui brûle en arrière-plan).Film sur un dévorement aveugle, sombre et excessif, Mother a également pour lui la force d’interprétation de Kim Hye-Ja, exceptionnelle en mère fragile et dure à la fois, douce et harpie, maternelle et Gorgone se laissant prendre, dans la main de son fils quand il se couche auprès d’elle, un sein jadis nourricier. Enlacés ainsi tous les deux, ils semblent ne faire qu’un et, dans l’immobilité du temps, ne plus rien voir ni relever des affronts du monde.Bong Joon-ho sur SEUIL CRITIQUE(S) : The host.
Mother
- ma note pour ce film :
bonsoir Mymp
Ecrit par Palilia
le 05/02/2010 - 19h00
Cette image est aussi belle et évocatrice que ton magnifique résumé : tu pourrais nous faire pleurer parfois si tu ne mettais de temps en temps quelques films bien effrayants pour nous rappeler que tu as plusieurs cordes à ton arc.
Vraiment magnifique.
Ecrit par mymp
le 06/02/2010 - 10h47
Allons donc, de quels films "bien effrayants" parles-tu, manante ?!
Et ce qu'il y a de VRAIMENT magnifique, c'est cette séquence d'ouverture (moi tu sais, je ne suis qu'un gratte-papier). Tu as cliqué sur le lien ? Tu as eu le temps de la regarder ?
OUI
Ecrit par Palilia
le 06/02/2010 - 15h40
mais ça n'arrête pas de s'arrêter quand je visionne.
Ecrit par mymp
le 07/02/2010 - 11h28
C'est étrange... Pour moi ça marche sans problème. As-tu attendu que la vidéo soit entièrement chargée avant de la visionner (encore que de mon côté, je n'en ai même pas besoin) ? Ou cela vient peut-être de ta connexion et de ton débit Internet... Malgré tout, j'espère que tu as pu apprécier la beauté de cette séquence.
Ecrit par Chris
le 07/02/2010 - 18h03
Absolument d'accord avec ton appréciation du film. Mais pourquoi dis tu que la résolution est floue, elle me semble limpide.... Bong Joon-ho est pour moi le cinéaste le plus prometteur du moment !
Ecrit par mymp
le 07/02/2010 - 21h53
En fait, elle n'est pas si limpide que ça car que vaut, finalement, la version du chiffonnier/ferrailleur ? Si ça se trouve, il accuse le fils mais c'est peut-être lui le vrai assassin (de plus, sa version ne colle pas avec la fin puisque l'on apprend que ce n'est pas le fils mais le fameux JP qui est l'auteur du crime).
Sans oublier tous les autres "clients" de la lycéenne qui sont en photo sur son téléphone (j'ai même lu quelque part sur Internet que l'un des flics était en photo dessus) et qui sont donc, potentiellement, d'autres meurtriers possibles.
D'autre part, et si JP s'était rendu à la police, aidé en cela par l'ami de Do-joon qui a tout manigancé pour le faire sortir de prison (comme la mère qui commet l'irréparable pour le libérer) ? Vu certaines méthodes qu'il emploie pendant le film, il n'est pas impossible qu'il est monté ce coup (pour ma part, j'y ai fortement pensé).
Voilà pourquoi j'ai écrit que la résolution était floue car pas mal de faits restent étranges et pas complètement clairs (mais c'est ce qui rend cette résolution si passionnante, finalement).
Gare aux spoilers
Ecrit par Nostalgic du cool
le 08/02/2010 - 11h38
Intéressante analyse Nymp je n'avais pas vu les choses sous cet angle, c'est vrai qu'un certain flou plane sur cette fin, néanmoins selon moi JP ne s'est pas rendu il s'est fait capturé et s'est fait piéger car on retrouve sur lui du sang de la victime et son explication farfelue pour les flics est en fait très plausible. En effet on sait que la jeune fille saigne du nez ce qui expliquera la trace de sang, puis plusieurs personnages évoquent ce JP comme étant un petit ami de la fille. De plus le fils à la fin élabore une théorie troublante de simplicité (sincérité?) sur les motifs ayant poussé le tueur à placer la victime sur un toit. Enfin cela ne m'étonnerait pas que Bong Joon Ho ait voulu brouiller les cartes, ce film va donc continuer de m'intriguer.
ATTENTION SPOILERS
Ecrit par Chris
le 08/02/2010 - 15h23
Pourquoi le chiffonnier inventerait-il cette histoire justement à ce moment là alors qu'il ne sait pas qui est la mère ? Il inventerait rudement bien les mimiques de panique de l'assassin avec son téléphone, le coup de la pierre qui est parfaitement raccord avec la première vision du film, la réaction épidermique du fils au mot idiot, enfin bref toute l'histoire : comment pourrait il inventer tous ces détails ?
Plein d'autres indices cohérents vont dans ce sens : le fils signale que l'assassin a placé le corps en hauteur pour qu'on vienne le sauver, ce qui serait typiquement ce qu'un simple d'esprit ferait, on nous montre la fille saignant du nez et on sait qu'elle a couché avec JP ce qui explique le sang, la balle de golf est sur le toit, etc...
Non, pour moi il n'y a aucun doute, le fils est le coupable.
D'ailleurs l'histoire est encore plus belle comme ça !
Ecrit par mymp
le 08/02/2010 - 18h33
Finalement, chacun a une version des faits et un coupable différents (le fils vs JP), ce qui prouve bien que rien n'est évident et que la conclusion s'ouvre à pas mal d'interprétations... J'avais encore raison quoi ;)